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samedi 1 novembre 2008

Omar Khayyam

XII

Tu n’as pas aujourd’hui de pouvoir sur demain ;
L’anxiété du lendemain est inutile.
Si ton cœur n’est pas insensé, ne te soucie
même pas du présent ;
Sais-tu ce que vaudront les jours qu’il te reste à vivre ?

Khayyam, Quatrains, trad. du persan par Charles Grolleau, Mille et une nuits (p.11)



Un film de Loïc DJIAN :
"Ce film propose une traduction audiovisuelle de cinq poèmes d'Omar Khayyâm. Ces quatrains (robâiyat) ont pour particularité d'être courts, spontanés et directs. Cette forme m'a encouragée à chercher la spontanéité dans le montage, à développer une rythmique propre à souligner autant le sens que la musicalité de ces proverbes poétiques."

J'ai découvert cette vidéo grâce au blog Entre deux eaux

vendredi 8 août 2008

Bartabas

  volonté d'en découdre
 ailleurs par les champs désertés
en devenant le très patient chevalier
 toujours armé d'impatience
  qui mène ses chimères

  et qui s'est baptisé
 d'un déboulé barbare
où ça se barre et tabasse
  façon Tarass Boulba
 pour dire surtout"basta" [...]


 Le voyou qui vient
a des rélexes de voyant
des manières de prince à la roulotte
 d'hidalgo ombrageux
 de rude chef de clan

il croit contre l'usage et l'usure
 à l'histoire inversée
 à l'insomnie des légendes
 aux mythologies actives
 aux rites efficaces
au trouble fertile des choses
voire au bon usage de la bestialité

 il veut de l'effort pour l'effort
 de la noblesse chez les gueux
qui se mettent l'impossible en tête
  avant de commencer
  par se sortir les tripes

André Velter, Zingaro, suite équestre, suivi de Un piaffer dans l'inconnu, Ed Gallimard, dessins d'Ernest Pignon-Ernest, 2005, extrait p.15, p.19



Une élégance extrême
improvise ses coutumes

C'est un réel jeté
au delà de ses bases

c'est un fantasme pur
qui prend ses éventails

Des éclats de Corée
en parures japonaises

où s'échange un destin
loin de l'histoire ancienne (p.126)



Triptyk

Quel frisson peut rallumer le feu ? La fièvre ? Quelle ferveur peut troubler le désert ? La poussière ? Quel sursaut de sève peut passer sous le ventre d'étranges messagers qui peinent comme des forçats ? Maculés d'huile et de boue ceux-là vont-ils donner semence à ce jour encore sombre ? À cette reptation en mal de renouveau ? À cet éveil du printemps ? (p.151)

Le site d'André Velter
Bartabas, d'autres extraits
Site d'Ernest Pignon-Ernest

samedi 17 mai 2008

"Un homme déplacé"



C'est grâce au guitariste, Serge Teyssot-Gay que je me suis intéressée à Georges Hyvernaud. Teyssot-Gay a en effet enregistré un disque intitulé "On croit qu'on s'en est sorti" en 2000 avec des extraits du livre La peau et les os. Ce livre est un témoignage redoutable sur ses cinq années de captivité dans un oflag en Pomérie. Le début du récit est le retour décevant d'un prisonnier au sein de sa famille et son incapacité à décrire les conditions de sa détention. Le deuxième chapitre évoque cette captivité et nous met sous le nez une humanité recluse avec "ses relents de merde et d'urine". Cette description de la déchéance des prisonniers permet à Hyvernaud un pamphlet sur Péguy et son idéologie du travail et de l'héroïsme.
Le texte est écrit dans un style très corrosif, proche de la langue parlée.

Georges Hyvernaud, La peau et les os, Ed Dilettante


Extraits :

"Les cabinets, ici, c'est une baraque badigeonnée d'un brun ignoble, avec une porte qui ne ferme pas et des vitres cassées. Seize sièges là-dedans, huit d'un côté, huit de l'autre. Et des traces de merde, séche sur les sièges. On s'installe côte à côte, dos à dos. Seize types sur leurs seize sièges, alignés, identiques, pareillement attentifs au travail de leurs boyaux. Chacun a une feuille de papier à la main, comme une demoiselle qui s'apprête à chanter dans un salon."

vendredi 28 mars 2008

Les hommes aux épaules étroites

Une superbe vidéo de Pasquale Noizet sur un texte de Lautréamont :




"J’ai vu, pendant toute ma vie, sans en excepter un seul, les hommes, aux épaules étroites, faire des actes stupides et nombreux, abrutir leurs semblables, et pervertir les âmes par tous les moyens. Ils appellent les motifs de leurs actions : la gloire. En voyant ces spectacles, j’ai voulu rire comme les autres ; mais, cela, étrange imitation, était impossible. J’ai pris un canif dont la lame avait un tranchant acéré, et me suis fendu les chairs aux endroits où se réunissent les lèvres. Un instant je crus mon but atteint. Je regardai dans un miroir cette bouche meurtrie par ma propre volonté ! C’était une erreur ! Le sang qui coulait avec abondance des deux blessures empêchait d’ailleurs de distinguer si c’était là vraiment le rire des autres. Mais, après quelques instants de comparaison, je vis bien que mon rire ne ressemblait pas à celui des humains, c’est-à-dire que je ne riais pas. J’ai vu les hommes, à la tête laide et aux yeux terribles enfoncés dans l’orbite obscur, surpasser la dureté du roc, la rigidité de l’acier fondu, la cruauté du requin, l’insolence de la jeunesse, la fureur insensée des criminels, les trahisons de l’hypocrite, les comédiens les plus extraordinaires, la puissance de caractère des prêtres, et les êtres les plus cachés au dehors, les plus froids des mondes et du ciel ; lasser les moralistes à découvrir leur cœur, et faire retomber sur eux la colère implacable d’en haut.[ …] Alors, les mers soulèvent leurs eaux, engloutissent dans leurs abîmes les planches ; les ouragans, les tremblements de terre renversent les maisons ; la peste, les maladies diverses déciment les familles priantes. Mais, les hommes ne s’en aperçoivent pas. Je les ai vus aussi rougissant, pâlissant de honte pour leur conduite sur cette terre ; rarement. Tempêtes, sœurs des ouragans ; firmament bleuâtre, dont je n’admets pas la beauté ; mer hypocrite, image de mon cœur ; terre, au sein mystérieux ; habitants des sphères ; univers entier ; Dieu, qui l’as créé avec magnificence, c’est toi que j’invoque : montre-moi un homme qui soit bon !... Mais, que ta grâce décuple mes forces naturelles ; car, au spectacle de ce monstre, je puis mourir d’étonnement : on meurt à moins.[…].

Lautréamont, Les chants de Maldoror, extrait du chant premier.

dimanche 27 janvier 2008

Grains de beauté

© Frédéric Clément


Des miettes de mots sur des grains de beauté.

Liste des mouches :

. La majestueuse : au dessus du sourcil gauche
. L'assassine : sous l'oeil droit
. La galante : sous l'oeil gauche
. L'enjouée : sur la joue
. L'effrontée : sur le nez
. La baiseuse : au coin de la lèvre, à droite
. La discrète : sous le menton (Souvenez-vous du film de Christian Vincent !)
. La coquette : sur la lèvre
. La généreuse : sur le sein

Un pacte est passé entre Adelaïde des Ailleurs et le peintre Zérène (Oui, comme le papillon car ce peintre a le visage constellé d'éphélides). Ce dernier doit lui ramener de Chine dans une boîte à mouches, des trésors minuscules. Un livre attrape-rêves, sensuel et imagé. J'ai par contre regretté l'absence d' illustrations de Frédéric Clément.

Frédéric Clément
, Grains de beautés et autres minuties d'un collectionneur de mouches, Actes sud, 2007

Le blog de Frédéric Clément

dimanche 4 novembre 2007

Le canapé rouge

Le livre de Michèle Lesbre, Le canapé rouge est intimiste et mélancolique.
Oui mais "la douce mélancolie que je défends n'est jamais triste, elle n'est qu'une modification du plaisir dont elle emprunte tous les charmes… Elle donne je ne sais quelle teinte de grand et de frappant à une perspective sauvage, à une forêt solitaire" (p.143). C'est une des phrases (ici de Mme Roland) que la narratrice Anne lira à Clémence sur son canapé rouge.
Anne voyage dans un train qui la conduit à Irkoutsk : "Voyager avait toujours signifié tenter un lien aussi ténu fût-il avec le monde, écarter ce qui se faufilait entre lui et moi, les distances, les langues, le racisme, les religions, des obstacles qui ne s'effaçaient pas toujours mais donnaient du sens. Ce qui rendait celui-là singulier, c'était l'impression de ne rien approcher, d'être dans l'effleurement, prisonnière de mes angoisses, étrangère dans le regard des autres" (p.90).
Durant ce voyage, tout la ramène en pensée à Clémence, cette vieille femme qui n'a jamais quitté Paris et avec qui elle sent beaucoup d'affinités. "Elle aimait beaucoup les baisers écrits, ces lettres que Kafka nommait ainsi, qu'il envoyait poste restante et que Milena retirait sous le nom de madame Kramer. Nous avions passé de longues heures à les lire, à lire les chroniques, tout ce temps nous rapprochait davantage et je me souviens fort bien du jour où j'avais choisi ces quelques lignes, Petite fille, je vivais dans la folle attente de la vie. Je croyais qu'un jour, brusquement, la vie allait commencer, s'ouvrir devant moi, comme un lever de rideau , comme un spectacle qui commence. Il ne se passait rien et il se passait des quantités de choses, mais ce n'était pas ça, on ne pouvait pas dire que c'était la vie, et il faut croire que je persiste à être une petite fille car je continue à attendre cette vie qui va venir." (p.103)
Anne, je me rends compte maintenant que Michèle Lesbre a déjà donné ce prénom à son personnage central dans La petite trotteuse, son avant-dernier livre dans lequel sourdait déjà une vive mélancolie.
"... je pensais à ce que Robert Walser avait écrit à un ami, J'aime la vie, mais je l'aime parce que j'espère qu'elle me donnera l'occasion de la jeter dignement par-dessus bord" (p.145)

Lire également la rêverie de Denis Grozdanovitch sur ce livre

Michèle Lesbre, Le canapé rouge, Sabine Wespieser éditeur, 2007