samedi 3 janvier 2009

C'est comme ça


   Paul Valet par Marek Szwarc

COMME ÇA

Vous êtes comme ça
Bien foutus
Comme une cote mal taillée

Quand la solitude vous accoste
Vous lui payez un demi

Quand le temps vous surprend
Vous lui filez entre les doigts
Comme des rats

Incapables de vivre dans la lune
Vous vivez dans vos meubles
Mais quand la mort les saisit
Vous criez au voleur
Et vous réfugiez dans le ciel

Vous avez peur de tout
Vous avez peur du soir
Vous avez peur du noir
Vous avez peur du miroir

Vous avez peur d'échouer simplement
D'échouer doucement comme des épaves

Quand vous échouez
C'est avec bruit

Quand vous échouez chichement
Ça fait une cellule

Quand vous échouez richement
Ça fait une église

Quand vous échouez complètement
Ça fait une société anonyme

Il faut beaucoup de maîtres pour un grand échec
Maîtres d'écoles Maîtres d'hôtel
Maîtres chanteurs Maîtres de l'heure
Grands maîtres Petits maîtres
Maîtres tout court

C'est au choix
C'est comme ça

Il reste un trou
Un grand trou noir
Un grand trou dans le bas
Impossible à stopper
Impossible à boucher
Impossible à nier
Un grand trou dans le temps
Un grand trou dans l'espace

Un grand trou dans le vide
Un trou Un trou Un trou
Aux bords violets indurés endoctrinés
Un trou de nausée
Un trou de pitié
Un trou qui pleure
Un trou qui saigne
Quand on le touche

Vous dites
Couche-toi comme cela doucement dans le lit
C'est un clou un gros clou
Ça passera ce n'est rien

Mais moi je sais qu'un clou
Même un gros un très gros clou
C'est pas fait pour le lit
C'est pas fait pour la nuit
C'est fait pour le jour
C'est fait pour le marteau
C'est fait pour le bruit

Tout bruit

L'arbre se dresse dans sa lenteur
Le silence gonfle
La fleur se fane
Le chien aboie
La lune glisse
La nuit germe
Et même les morts du fond de leur absence
Parlent avec leurs langues diaphanes

Vous dites
Chante chante fort avec nous
Le solfège
La chorale
Le bifteck
Le fromage
La poire
Chante chante comme ça
C'est la vie
Chante comme nous
Ça soulage

Mais j'ai trop de vie pour vos cantiques
Et trop de chant pour vos mélodies
Et trop de fièvres pour vos lits
Et trop de silence pour vos gueules
Et trop de gueule pour vos cellules

Parmi vous je marche de travers
Mais debout bien debout trop debout

COMME ÇA

Forte tête

Trouble-fête

Mal incarné comme un ongle

Inapte au drapeau

Inapte au tombeau

Paul Valet, Les poings sur les i, Mercure de France, 1955, p.13 à p.16

Je cite la quatrième de couverture :
"...Et j'ai été conquis (il n'y a pas d'autre mot) par cette voix "strictement individuelle" qui ne chante ni ne prie, qui place l'espoir à ras de terre- au niveau de ce qu'on appelle les données physiques - et verse pourtant le réconfort. Voix d'homme vrai, qui a pris son parti de vivre séparé et qui marque lui-même, avec autant de vigueur que de rigueur, ce qui le tient à l'écart des hommes qui clament et s'agitent en groupe..." (Maurice Saillet)


Une fiche bio-bibliographique sur Poezibao
Une chronique de Guy Darol
Et aussi chez Jean-Claude Bourdais

5 commentaires:

Fishturn a dit…

Il avait l'air fâché :-)

Merci, je découvre.

Fishturn a dit…

Mais pourquoi diable une modération des commentaires !!??

Trop curieux oui je sais mais bon, pourquoi ? :-).

Amaryllis a dit…

Pourquoi ? Pour tenir, tenir, debout et demain la lalala.
Pour éloigner les inopportuns. Cela existe même en virtuel, j'ai déjà testé !!

JEA a dit…

Une modération ?
Pour éviter de retrouver sur son blog des joyeusetés de ce style (in extenso) :
- "maçon, malade psychotique, mariolle, maudit laïque-de-bazar (relire « maçon »), diffuse des theses réductrices, notamment sur les ouvriers, son but en travaillant la communauté juive est de renforcer son communautarisme, de la détourner de l'international et du socialisme, de renforcer le cotravail entre communautarisme maçon et communautarisme juif au détriment de l'esprit républicain......méprisant malpoli insupportable, moi j'encule le fasciste"
Alors que le blog ainsi visé ne se prête en rien ni à la première ni aux autres insultes ainsi accumulées.

Amaryllis a dit…

Jean-Emile, je me suis retrouvée dans une situation assez ubuesque. Je mettais sur mon blog, un commentaire que vous avez effacé sur votre propre blog. Assez étrange comme impression.

Vous vous souvenez de mon premier blog Murmure des mots ? Au départ, confiante, je ne modérais pas du tout, je croyais encore naïvement au pouvoir de la discussion. J'ai très vite déchanté.