
Le thème est simple : un homme jardine quand brusquement il tombe, victime d'une crise cardiaque.
Chaque chapitre est constitué d'une seule phrase, sans que le lecteur perde le moins du monde le fil de l'histoire. C'est un très beau livre.
"[...] tu aimes cette idée de Wittgenstein, que la solution au problème de la vie est de vivre de façon à supprimer le problème, tu crois avoir trouvé la bonne méthode en cultivant ton jardin, en mêlant le vulgaire et le sacré[...] de toutes les façons personne n'a de solutions, alors autant que tu te fasses plaisir, que tu ne te compliques pas l'existence [...]
«... tu préfères maintenant écrire des poèmes sur tes légumes, tu aimes manger les mots, les faire rouler dans ta bouche comme une fraise une cerise ou un noyau de pêche ou d'abricot, tu aimes aussi les découper, les charcuter et les coller ensemble pour fabriquer des monstres mots maux..."
"... tu continues d'entendre ces voix venues vers toi à travers les éons, et tu entends Helen Merril j'aime Paris au printemps et Jeanne Lee quelquefois je suis un enfant qui a perdu sa mère et Kathleen Ferrier j'entends la voix des enfants morts et Marianne Faithfull je m'assieds et je regarde les enfants qui jouent et Brigitte Fontaine c'est tout à fait comme à la radio et Colette Magny j'en sais rien viens donne moi la main et Billie Holiday des fruits bizarres sont accrochés dans les arbres, toi aussi tu t'accroches aux cheveux des anges terrestres, tu écoutes attentivement leur babil, parfois un de leurs cheveux se posent sur leur langue, ils prononçent ton nom d'une étrange façon, ils jouent aussi à intervertir les consonnes, touko au lieu de couteau tokay au lieu de côté [...]
Lucien Suel, Mort d'un jardinier, Ed. La Table ronde, 2008.
Tous les liens sont ici. (Vous comprenez maintenant pourquoi je suis restée très sobre dans mon commentaire. Tout a été déjà écrit sur ce livre)




