Je ne pense pas, je note.
Pierre Reverdy

mercredi 14 décembre 2011

Maintenant j'ai grandi

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Maintenant j'ai grandi

Enfant,
j'ai vécu drôlement
le fou rire tous les jours
le fou rire vraiment
et puis une tristesse tellement triste
quelquefois les deux en même temps
Alors je me croyais désespéré
Tout simplement je n'avais pas d'espoir
je n'avais rien d'autre que d'être vivant
j'étais intact
j'étais content
et j'étais triste
mais jamais je ne faisais semblant
Je connaissais le geste pour rester vivant
Secouer la tête
pour dire non
secouer la tête
pour ne pas laisser entrer les idées des gens
Secouer la tête pour dire non
et sourire pour dire oui
oui aux choses et aux êtres
aux êtres et aux choses à regarder à caresser
à aimer
à prendre ou à laisser

J'étais comme j'étais
sans mentalité
Et quand j'avais besoin d'idées
pour me tenir compagnie
je les appelais
Et elles venaient
et je disais oui à celles qui me plaisaient
les autres je les jetais

Maintenant j'ai grandi
les idées aussi
mais ce sont toujours de grandes idées
de belles idées
Et je leur ris toujours au nez
Mais elles m'attendent
pour se venger
et me manger
un jour où je serai très fatigué
Mais moi au coin d'un bois
je les attends aussi
et je leur tranche la gorge
je leur coupe l'appétit

Jacques Prevert dans le recueil La pluie et le bon temps, éd Gallimard

lundi 12 décembre 2011

Gérard Garouste



"un fou n'est pas quelqu'un qui a perdu la raison, mais quelqu'un qui a tout perdu sauf la raison" (p. 122)

"L'artiste le mieux vendu aujourd'hui s'appelle Jeff Koons, il a commencé trader à Wall Street, il a su digérer Duchamp et l'objet comme oeuvre d'art, Warhol et l'immersion de l'art dans la société de consommation, son atelier a tout d'une entreprise et il n'a aucun complexe à dire qu'il s'intéresse plus aux prix de ses oeuvres qu'à ses oeuvres elles-mêmes. Il est le gagnant d'une époque faible, soûlée de télévision, d'argent et de performances où le métier d'artiste est très prisée. "Chômeurs ! devenez artistes contemporains", écrit Ben. "L'art c'est l'espace qui existe entre mes doigts de pieds", clame-t-il aussi. Mais il faudra toujours des gens qui peignent, qui sculptent, écrivent loin du système, sans détester le passé, la rigueur et les régles de l'art, sans renoncer à la sincérité et à l'émotion que notre époque éteint ou détourne à force de surenchère." (p.159)

"Si le fou dérange, je veux que le peintre dérape"(p.179).

"C'est quand on sait nager qu'on peut sauver l'autre de la noyade, j'avais appris, je n'étais plus à la merci de la vie, peut-être juste de la folie. J'ai pensé monté une association [...](p.189)

© Gérard Garouste La certitude du fou



Gerard Garouste avec Judith Perrignon, L'intranquille: autoportrait d'un fils, d'un peintre, d'un fou, éd. L'Iconoclaste, 2009

mercredi 7 décembre 2011

Parfums

© Catherine Willis




"Et si, faute d’embarquements immédiats, l’échappée belle pouvait parfois s’esquisser au sein même de nos maisons calfeutrées l’hiver, ouvertes au vent nocturne l’été ? Et si le tapis volant de ces voyages immobiles était tissé de vanille, ourlé de fèves tonka, doublé d’orcanette friable ? Et si les courants d’air parfumé, nés d’un écran de vétiver, nous emportaient vers un ailleurs, dans un temps non plus linéaire mais cyclique ? Joncher, pour le plaisir de la plante des pieds, un sol d’herbes odoriférantes, frotter la paume des mains d’onguents anisés, brûler sur des pelles de bronze rougies au feu les racines rugueuses de l’angélique, goûter aux saveurs âcres et pourtant lumineuses du safran, reviendrait alors à passer des douanes inconnues. “La même vie, avec les mêmes”*, par la grâce d’expériences odorantes, prend alors des allures bigarrées, abrite parfois un joueur de ney ou une tribu entière de Pygmées Aka de retour de la chasse, a souvent goût de lointains bleutés. La quête de l’origine des parfums nous relie au monde des bazars et des zénanas, à celui des forêts et des temples. Des rituels olfactifs, dépassant le seul désir de séduction, scandent alors autrement la vie quotidienne. Il faut, de toute façon, commencer par un pas de côté."

*Je dois cette expression à Nicolas Bouvier

CATHERINE WILLIS. (2000)

mardi 6 décembre 2011

Beauté

Un peu de beauté dans ce monde qui en manque terriblement. Mais de quoi, elle nous parle encore celle-là, après nous avoir intimer de nous taire ?
Hé bien de ceci. Vous avez cliquer ? Alors ? Vous vous taisez ? C'est bon signe!

dimanche 27 novembre 2011

Taisez-vous


© ill. Bobi+Bobi


Un mur. Devenir un mur ou plutôt une montagne inaccessible, inabordable. Une forteresse sur laquelle se heurtent les gens et les choses. Plus de jérémiades, d'entailles, de pleurs, de douleurs. Un roc. Je laisse leur pelle aux fossoyeurs. Ce n'est pas mon travail. Je me tais mais taisez-vous aussi !

dimanche 23 octobre 2011