mardi 4 mars 2008

Au bord des larmes



"La maison était au bord de la route comme au bord des larmes
ses vitres prêtes à éclater en sanglots."
Il faut un mélange de pudeur et d’impudeur pour parler de sa famille. Ce cocktail est difficile à manier. Soit on prend trop de distances et le lecteur ne se sent pas concerné, soit au contraire on tombe dans le pathos. Rien de tout cela dans ce livre.
V. Khoury-Ghata décrit sa famille comme très austère, "nos parents n’avaient que mépris pour les épanchements et considéraient la vie comme un long chemin de croix".
Sur les quatre filles, la première (Victoire ou Victorine, la mère ne se souvient plus) meurt à l’âge de huit mois. L’unique fils, Victor (hasard de prénom ?) est poursuivi par la haine de son père qui déclarait "on doit s’interdire de vivre quand on a planté son enfant sous un cyprès". Il en voulait à ce fils de ne pas ressembler aux autres membres de la famille.
Les pages où V. Khoury-Ghata s’adresse à son frère sont en italiques : on sent qu’elle tente de comprendre le parcours tortueux de celui-ci qui aimait la poésie mais qui finira interné dans un asile des montagnes libanaises par "trop de peurs, d’humiliations, de rejet de la part des siens". Il lui faut ravaler la honte du français de sa mère qualifié par ses enfants de swahili ou de "franbanais", des colères violentes de son père, du souvenir de son frère ficelé comme une momie par un père qui veut l’enterrer vivant et surtout le remords d’avoir commencé à écrire des poèmes au moment où Victor avait cessé.
Un livre très intime, émouvant.

Vénus Khouri-Ghata, Une maison au bord des larmes, Ed. Balland, 1998
Ce livre a été réédité dans la collection Babel des éd. Actes Sud

3 commentaires:

grain de sel a dit…

le protagoniste principal de "la maison au bord des larmes" est ce frère haï par le pèreet qui bascule dans tous les excès,sorte d’écrivain maudit et dépravé qui sombre dans la folie.

Chassé de la maison, oublié des siens, trahi aussi, il méritait cette exhumation.


Assez attirant cet autre livre de Khoury Ghata :"Sept pierres pour la femme adultère" au Mercure de France.

Noor, coupable d'adultère et condamnée par une fatwa, doit être lapidée. La question est de savoir quand : avant ou après son accouchement.
Une Française tente de sauver Noor, résignée à son chatiment, quitte à heurter les sentiments de la population villageoise iranienne.

Amaryllis a dit…

Je n'ai pas encore lu le dernier livre de Khoury-Ghata , grain de sel, mais j'aime sa langue si particulière, imagée, poétique. Essaie de trouver ses poèmes, particulièrement Anthologie personnelle rééditée par Actes Sud.

Amaryllis a dit…
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