LES RISQUES DU METIER
" Il est des mots qui ne viennent pas seuls
Ils arrivent en couple
Mieux vaut nous en méfier
parce qu'alors ce n'est pas avec un
c'est avec deux qu'il faut jouer
Par exemple : amour !
L'instant qu'on dit "amour" la haine est là qui suit
Aimons-en un, aimons-en deux, aimons-en même trois
le plus sincèrement du monde en notre âme et conscience
et alors tous les autres
y compris même les trois intéressés entre eux
ne vont-ils pas se mettre en tête
qu'on les déteste ?
Un autre exemple tout pareil : mort!
Où qu'on regarde l'accompagne
à chaque pas la vie
qui dans son ombre
d'abord a l'air infiniment horrible
et pour finir je doute fort
que l'on puisse assurer tout ensemble
la vie
quand on en vient à affronter la mort
ou la mort
quand on a rendez-vous avec la vie..."
Girdhar Rathi in Europe "littérature de L'Inde" (extrait p. 314) traduit du hindi par Annie Montaut.
Girdhar Rathi, né en 1946 en Inde centrale, est l'auteur de trois recueils de poèmes : Dedans, dehors, Berceuse pour un insomniaque et Instant. Il a traduit en anglais et en hindi une trentaine d'oeuvres de diverses littératures étrangères. C'est aussi un critique littéraire, et un militant actif d'Amnesty International, emprisonné plus d'un an pendant l'état d'urgence (1975-1977).
dimanche 26 juin 2011
dimanche 19 juin 2011
Topographie intime
Chemins de sable est le titre de l'essai de Chantal Thomas. Ce livre est né, au hasard des cafés, de conversations avec Claude Plettner. Dès l'avant-propos, Chantal Thomas prévient qu'il n'est pas question pour elle de se "glisser dans l'armature d'une théorie préfabriquée". Il y a dans ce texte ce qui vient d'elle et ce qui a été suggéré par Claude Plettner, "une écriture flottante", du "parlé-écrit". C'est un petit livre, plaisant, optimiste qui se lit rapidement.
J'ai décidé de ne pas prendre dans l'ordre ce qui m'a marqué mais au contraire de les assembler à ma façon.
L'un de ses tableaux fétiches est la fillette à l'oiseau mort d'un anonyme du XVIè siècle

Ecoutez (bien sûr, il faut cliquer)
Ensuite vient Pierre Bonnard qui a séjourné plusieurs mois à Arcachon (là où Chantal Thomas a passé son enfance). Elle décrit ce tableau : ""C'est un tableau de la plage à marée basse, ou plutôt d'un fragment de la plage. Celle-ci est vue de tout près, dans sa couleur, sa substance unique [...] Grâce au beige doré, légèrement ombré, de sa palette, il rend à merveille la couleur du sable (Bonnard a le génie du jaune [...] Bonnard observe le rivage au plus près, avec le regard de l'enfant, à sa hauteur, attentif à sa moindre flaque, à tout ce qui se dessine sous nos yeux et nous enchante pourvu que nous soyons capables de cette vision microscopique." (p.131-132)
Elle n'aime pas les images pieuses mais plutôt les excès, délires, lubies à la Jérôme Bosch, à la Bruegel où pour l'époque contemporaine à la David Nebrada.(Bon, là j'avoue mes limites, la photographie d'un corps tailladé m'horrifie).
Quelques extraits parsèment le texte comme la lettre de Voltaire à Madame du Deffand : "Je crois, toute réflexion faite, qu'il ne faut jamais penser à la mort. Cette pensée n'est bonne qu'à empoisonner la vie. La grande affaire est de ne point souffrir, car pour la mort, on ne sent pas plus cet instant que celui du sommeil[...] n'y songeons donc jamais, et vivons au jour la journée. Levons-nous en disant : "Que ferai-je aujourd'hui pour me procurer de la santé et de l'amusement ? (Lettre du 18/11/1761) ou la remarque du prince de Ligne dans ses Mémoires : "Il ne tient qu'à moi d'être vieux. J'ai de quoi. Mais j'ai dit : je ne le suis pas, et cela me réussit. On peut s'empêcher au moins d'être un vieillard : c'est la paresse du corps et de l'esprit qui la constitue. Tant pis pour ceux qui s'y laissent aller. Je me dis aussi : je ne veux pas mourir. Je ne sais pas comment cela réussira." (p.106)
L'aveu de Marguerite Yourcenar dans "Les yeux ouverts" : Je ne me sens aucun âge. De temps en temps, je constate que je n'ai pas la force que j'avais il y a vingt ans, mais c'est une infirmité qui aurait pu se produire aussi bien quand j'en avais quarante : j'aurais pu avoir une sciatique ou une insuffisance cardiaque à cet âge aussi bien qu'aujourd'hui. Autrement non, aucun âge. Si c'est un âge quelconque, c'est plutôt l'enfance ; l'éternité et l'enfance" (p.26)
Celui de Kafka, dans son journal : "Violente averse. Mets-toi face à la pluie, laisse ses rayons de fer te pénétrer, glisse dans l'eau qui veut t'emporter, mais ne bouge pas, reste droit et attends le soleil qui va couler à flots, subitement et sans fin". (p.66)
J'ai appris avec surprise qu'elle avait réalisé des entretiens avec Susan Sontag pour l'émission "À voix nue" sur France-Culture. Cette dernière a été enterrée au cimetière Montparnasse le 17 janvier 2005. Son ouvrage posthume "Garder le sens mais altérer la forme" est toujours dans ma liste de livres à lire.
© Susan Sontag par Annie Leibovitz
Voilà, je vous laisse faire votre propre fricassée en lisant ce livre.
Chantal Thomas , Chemins de sable, Ed. Points essais
J'ai décidé de ne pas prendre dans l'ordre ce qui m'a marqué mais au contraire de les assembler à ma façon.
L'un de ses tableaux fétiches est la fillette à l'oiseau mort d'un anonyme du XVIè siècle

Ecoutez (bien sûr, il faut cliquer)
Ensuite vient Pierre Bonnard qui a séjourné plusieurs mois à Arcachon (là où Chantal Thomas a passé son enfance). Elle décrit ce tableau : ""C'est un tableau de la plage à marée basse, ou plutôt d'un fragment de la plage. Celle-ci est vue de tout près, dans sa couleur, sa substance unique [...] Grâce au beige doré, légèrement ombré, de sa palette, il rend à merveille la couleur du sable (Bonnard a le génie du jaune [...] Bonnard observe le rivage au plus près, avec le regard de l'enfant, à sa hauteur, attentif à sa moindre flaque, à tout ce qui se dessine sous nos yeux et nous enchante pourvu que nous soyons capables de cette vision microscopique." (p.131-132)
Elle n'aime pas les images pieuses mais plutôt les excès, délires, lubies à la Jérôme Bosch, à la Bruegel où pour l'époque contemporaine à la David Nebrada.(Bon, là j'avoue mes limites, la photographie d'un corps tailladé m'horrifie).
Quelques extraits parsèment le texte comme la lettre de Voltaire à Madame du Deffand : "Je crois, toute réflexion faite, qu'il ne faut jamais penser à la mort. Cette pensée n'est bonne qu'à empoisonner la vie. La grande affaire est de ne point souffrir, car pour la mort, on ne sent pas plus cet instant que celui du sommeil[...] n'y songeons donc jamais, et vivons au jour la journée. Levons-nous en disant : "Que ferai-je aujourd'hui pour me procurer de la santé et de l'amusement ? (Lettre du 18/11/1761) ou la remarque du prince de Ligne dans ses Mémoires : "Il ne tient qu'à moi d'être vieux. J'ai de quoi. Mais j'ai dit : je ne le suis pas, et cela me réussit. On peut s'empêcher au moins d'être un vieillard : c'est la paresse du corps et de l'esprit qui la constitue. Tant pis pour ceux qui s'y laissent aller. Je me dis aussi : je ne veux pas mourir. Je ne sais pas comment cela réussira." (p.106)
L'aveu de Marguerite Yourcenar dans "Les yeux ouverts" : Je ne me sens aucun âge. De temps en temps, je constate que je n'ai pas la force que j'avais il y a vingt ans, mais c'est une infirmité qui aurait pu se produire aussi bien quand j'en avais quarante : j'aurais pu avoir une sciatique ou une insuffisance cardiaque à cet âge aussi bien qu'aujourd'hui. Autrement non, aucun âge. Si c'est un âge quelconque, c'est plutôt l'enfance ; l'éternité et l'enfance" (p.26)
Celui de Kafka, dans son journal : "Violente averse. Mets-toi face à la pluie, laisse ses rayons de fer te pénétrer, glisse dans l'eau qui veut t'emporter, mais ne bouge pas, reste droit et attends le soleil qui va couler à flots, subitement et sans fin". (p.66)
J'ai appris avec surprise qu'elle avait réalisé des entretiens avec Susan Sontag pour l'émission "À voix nue" sur France-Culture. Cette dernière a été enterrée au cimetière Montparnasse le 17 janvier 2005. Son ouvrage posthume "Garder le sens mais altérer la forme" est toujours dans ma liste de livres à lire.
© Susan Sontag par Annie LeibovitzVoilà, je vous laisse faire votre propre fricassée en lisant ce livre.
Chantal Thomas , Chemins de sable, Ed. Points essais
mardi 14 juin 2011
Manet moderne ?
En tout cas, il continue à inspirer :

© Picasso

© Alain Jacquet

© Agnès Thurnauer

© Jeff Wall

©Ray Johnson
Pour les plus courageux, une conférence de Michel Foucault sur Manet





Pour les plus courageux, une conférence de Michel Foucault sur Manet
lundi 13 juin 2011
Le corbeau
© Hortense Damiron Bronze 2/8"On l'a installé dans le jardin
Sur la branche basse d'un vieux pommier cassou
La patte nouée d'un long fil jauni
D'électricité
Il a ses airs déjà de
Gitan fatigué
Ses paresses légères
D'ailleurs il voyage peu
Un coup de paupière lui suffit pour
Brouiller la fréquence du jour affoler
Les marées le rythme
De respiration
Des crocus
La preuve des saisons nous échappe
Et c'est en vain alors qu'on
Attend les appels des huttiers
Le passage habituel des halbrans
Dans les couloirs bien lissés du temps
Parfois
Quand la frousse lui bleuit l'aile lui donne
Cette couleur de ciel de traîne
Et que moi-même j'hésite un peu plus
à me tenir encore sous mon nom
à prendre cette plume à
Signer ma fatigue
On s'amuse tous les deux
On s'absente
Comme ces chasseurs narquois qu'on cherche
Le matin
Dans le journal
Invisibles et brouillés parmi les arbres de papier
Pleins d'encre pourtant
écrits noir sur blanc
Dans le paysage"
Marc Le Gros, Paysage aux neuf corbeaux, Ed La Part Commune
dimanche 12 juin 2011
J'habite une douleur
René Char par Man Ray" Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau : tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelques géant désagrégé, seigneur de l'impossible.
Pourtant.
Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l'abîme ? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...
Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut sans te convaincre?
Il n'y a pas de siège pur."
René Char -Oeuvres complètes dans la Bibliothèque de la Pléiade - Le Poème pulvérisé p. 253-254.
Lire aussi ici
samedi 11 juin 2011
La géante


Le Collectif 6 bis rassemble une vingtaine d’artistes internationaux, venus notamment de France, Espagne, Italie, Corée, Japon, et utilisant tous types d’expressions contemporaines: cinéma, vidéo, photographie, performance, installation, scénographie, sérigraphie, gravure, peinture, sculpture… Implanté dans une friche industrielle de Vitry-sur-Seine, le Collectif s’est constitué sur la volonté de développer un réseau international d’échanges autour de cette friche, à partir de la production d’oeuvres individuelles ou collectives promouvant des valeurs artistiques et humaines communes.
Une autre géante différente chez Babylonezoo
mardi 7 juin 2011
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