Je ne pense pas, je note.
Pierre Reverdy

dimanche 22 mai 2011

Le coing

Vincent van Gogh, nature morte aux coings

LE COING

"Au premier abord il ressemble plutôt à une poire, il a un duvet velouté et on s'attend à une pulpe douce, un plaisir juteux.
Beaucoup de morsures et de baisers, siroter et bécoter, c'est ce qu'il donne à flairer, ce à quoi il aspire.
En fait, il est dur, non comestible, plutôt du bois qu'un fruit, une pomme de terre.
On peut s'accommoder de cette tromperie, et le placer sur l'armoire pour respirer à nouveau son odeur, sa soif.
Il répand abondamment sa promesse, absorbant même les mauvaises odeurs ou rumeurs.
Mais pour le rendre comestible, il faut le couper en tranches minces et le faire cuire, le réduire par cuisson, le sucrer.
Et finalement cette marmelade n'accomplit qu'approximativement la promesse du coing lorsqu'il était encore fruit."


Michael Donhauser in Action Poétique n°166, "poètes autrichiens d'aujourd'hui", p. 13.

samedi 21 mai 2011

Jacques Ancet

source

"Que reste-t-il souvent des livres lus ? Des histoires, des idées, des émotions, des raisons de vivre ? Moins, beaucoup moins. Et paradoxalement , beaucoup plus peut-être : une couleur ( celle de la couverture, souvent), une odeur (celle du papier et de l'encre) et, surtout, un lieu (celui de la lecture). Oui, ce qui souvent pour moi, reste d'un livre, ce n'est ni des informations, ni des réponses mais simplement une expérience : dans un espace déterminé (cuisine, chambre, rue, métro, jardin...), un saisissement soudain : celui de cette intensité de vivre que refuse à la littérature ce vieux réflexe selon lequel il y aurait les livres et la vie, le langage et le monde. Car lire, c'est vivre. Et même vivre plus intensément parce qu'une vraie lecture entraîne une unité de la personne - une plénitude de même nature qu'un acte de création ou d'amour." (p.6)

Jacques Ancet, Chutes, 1995-2000, Ed. Alidades

Son blog et le suivant
Son site

samedi 14 mai 2011

Lionel Mazari


Je viens de découvrir Lionel Mazari grâce à l'émission "ça rime à quoi". Allez faire un tour sur son blog



Il nous aurait fallu un talisman



Il nous aura fallu beaucoup de malchance pour mourir

Les miroirs se lézardent
les yeux s'y prennent dans le lierre
les griffes des branches aux cheveux s'agrippent

Il nous aurait fallu un talisman pour traverser tout ça

Toutes ces nuits, nuits mortes
avec des miroirs aux frontières
miroirs! et l'œil qui s'en va voir ailleurs

Loin du corps nostalgique de ses déchets en-allés

Miroirs! la main dans les cheveux s'attarde
derrière soi on voit s'enflammer les forêts
pelage hirsute d'arbres en feu

Forêt! forêt! on brûle les symboles

On les recouvre de fumier
et dans le silence de la nuit
la vie putride reprend racine

Il nous aura fallu beaucoup de malchance pour mourir


Lionel Mazari est édité ici. D'autres noms très intéressants édités par cette maison d'édition.