Je ne pense pas, je note.
Pierre Reverdy

vendredi 25 juin 2010

Anne Portugal


© Le Tintoret (dit), Robusti Jacopo (1518-1594)


© Le Tintoret ( Robusti Jacopo)


elle qui prendrait un bain
en tournant le dos à la scène
ne sentant pas dans quoi
elle s'engage alors je lui dirais
qu'ici les deux vieillards seraient
gelés vraiment secs et leur
regard aussi ne pourrait
pétiller quoique la glace
pique au vif aussi les os des vieux

Suzanne ce paysage va bien aux blondes

Anne Portugal, Le plus simple appareil, Ed P.O.L, 1992, p. 15

Les premières pages
Vous pouvez écouter la page 48 de ce recueil lue par Sébastien Smirou sur le blog de Pierre Ménard

Le titre de l'album de Rodolphe Burger Méteor show est tiré d'un texte d'Anne Portugal (Kimono), chanté par la propre fille de Rodolphe.


Pour en savoir plus :
Agnès Disson, Parataxe et enjambement : La poésie d'Anne Portugal et Pierre Alferi


Notes prises au vol lors d'un entretien d'Anne Portugal par Francesca Isidori pour l'émission Affinités électives sur France Culture, le 19/06/2010 :

"La corsaire sans corset"

Anne Portugal est née à Angers. Elle a toujours eu le sentiment d'habiter dans le XVIème siècle. Sa mère connaissait la poésie française par cœur. Elle a donc été bercée par cela dès l'enfance (prédestination ?). Elle arrive à l'université de Paris 8 Vincennes et suit les cours d'Henri Meschonnic (rôle dévastateur car violence et rigueur extrême) . Elle découvre ensuite la poésie blanche (Emmanuel Hocquard ...) et enfin Pierre Alféri, Olivier Cadiot.
le moteur de son écriture est le rythme, l'énergie et non le sens. Il faut casser la notion de sacré. La poésie est un laboratoire de langue. Il faut déloger le sens dès qu'il constitue un kyste. Il faut un travail de sape permanent pour que cela bouge.
Le plus simple appareil est la poésie. Il y est question de s'exposer dans la langue, de se mettre à nu devant les lecteurs. On regarde souvent les poèmes avec un œil de vieillard. La poésie est un art de ne pas y toucher et ceci est extrêmement difficile.
La page est un espace où tout peut arriver comme lors d'un pique-nique : on arrive dans un paysage, on déplie une couverture et on délimite son espace. Par contre il faut trouver la manière d'accommoder tout cela et fabriquer des dispositifs (comme dans la peinture contemporaine). Sa syntaxe est longue car un principe de freins et d'accélérations doit se mettre en place.
Son dernier livre La formule flirt aurait pu s'intituler Le bonheur des enfers car le livre est malgré tout hanté par la mort. C'est un clin d'œil aux poèmes d'amour dont le sujet est devenu interdit car la question du lyrisme est en jeu. Un poème est un lancer de lianes.

mardi 22 juin 2010

Page 48

Vous pouvez m'écouter lire la page 48 du livre d'Henri Michaux, Poteaux d'angle sur le blog de Pierre Ménard
Profitez-en pour voir l'ensemble des blogs de Pierre Ménard sur Liminaire

lundi 21 juin 2010

MosaÏques

Aujourd'hui un petit changement sur ce blog. J'ai le plaisir de laisser les mots de JEA que j'apprécie beaucoup et qui a eu la patience infinie de me suivre dans mes changements et mes silences

J'accueille donc Mo(t)saïques aujourd'hui



DÉPART À LA DÉRIVE



Départ à la dérive
d’un nuage débranché
comme un poisson bancal
tombé de son bocal

à l’aurore l’horizon fait fort
qui presse lentement
le fruit d’un soleil
à l’écorce précoce

tôt ou tard le vent
parle avec les ongles
aux arbres trop durs
de la feuille

qui a coupé la gorge
de cet oiseau chiffonné
qui dessinait au fusain
des fuseaux hors pairs ?

et cette chouette le compas
dans l’œil
rêve-t-elle encore d’épures
à l’architecture sans futurs ?

un caillou si triste
un autre autiste
un troisième artiste
le chemin a mal aux reins

j’ai plus que
l’âge de mes artères
dyna-mitées
mais encore ?


(17 juin 2010)


Les photos sont aussi de JEA