Je ne pense pas, je note.
Pierre Reverdy

dimanche 14 février 2010

Catherine Pozzi



Il ressemblait à l’absolu
   J’ai tiré dessus.
Les plombs étaient en vérité
La poudre était en volupté
    Je l’ai raté.

Catherine Pozzi, Très haut amour, Poèmes et autres textes, éd de Claire Paulhan et Lawrence Joseph, Poésie/Gallimard, p. 73, 2002

vendredi 12 février 2010

Ligne de tension



Existe t-il des sentinelles pour écouter
les cris  les paroles gelées  les silences ?
Mité     moisi  le monde
gronde    souffre    grince
Les mots caverneux
ne sont plus auréolés de sens
Les couleurs ont perdu leur franchise
Un chien aboie  il se sent seul

Quel est le jeu ?   Où est le je ?

Tu blablates blablates des mots creux
avec un coeur bleu de froid
Tu cours toujours après les boutons d’or
Et te sens riche
Mais l’orage gronde et
déteint ton corps
sans détour sans contour

Où sont les autres ?

(modifié ce jour)

jeudi 11 février 2010

Hélène Dorion



Comme une prise sur l’éphémère

En ce temps là je n’avais de regard
qu’absent de moi-même mon corps
verrouillé du dedans
au-dehors mes chemins rétrécis
jusqu’à ne plus être
je traçais l’erratique
mouvement de la chair
éprise du sombre comme du silence
je marchais au bord de moi
conjuguant l’exil et la fuite
à même ce qui restait
dans les muscles
un fragment de geste
sachant bien la préhension
d’une ombre
qui ne m’appartient pas

tout ce qu’est ma vie tu sais
ce froid qui s’immisce
pour sans cesse y inscrire la fin

Hélène Dorion, La vie, ses fragiles passages, Ed Le dé bleu, 1990, p.17