Je ne pense pas, je note.
Pierre Reverdy

vendredi 22 janvier 2010

Terze Caf

TERZE CAF

Je serai tuée avant de manger mon orange (extrait)

Un soir,
Avant de manger mon orange,
Je serai tuée ;
Il est aussi possible
Qu’avant de prendre un peigne
Pour mes cheveux légers,
Condamnée,
Je sois coupée en morceaux.

Quand arrive la guerre,
Elle me reconnaît à l’odeur,
Et de loin, pousse un cri,
C’est la petite fille en blanc
Dans le feu, qui se moquait de mes idées.
La voix de la guerre, plus nette que mon cri,
La taille de la guerre, plus haute
Que celle de mon idiotie,
Elle, la guerre, ressemble
Et ne ressemble pas à l’eau,
La guerre, une couleur, pas d’odeur,
La guerre, une odeur, pas de couleur [...]

in Action Poétique, n° 197

Rien n'y voir

Un éléphant posé sur ma langue rugueuse
trompe        trompe mes mots
l’amande devient poire
l’orage en rage
je me défends avec mes dents
débit saccagé
tourne        tourne
barrique des mots
rien n’y voir   surtout pas un olifant
ça barrit       ça baryton
en moi en quoi
en gris en blanc

lundi 18 janvier 2010

Toupie


"Et l'âme meurtrie ébruita le silence" Gaston Chaissac


Fond rouge - Je colorie ma vie - Je suis à plat, aplat, aplati - Ma tête tourne à l’envers, je suis sens dessus dessous
Plus dessous que dessus
Je vole dans tous les sens. Mon nez s’allonge ou grossit. Mes pieds ne touchent pas terre. Un œil s’agrandit au fur et à mesure, l'autre est en cendres. Mon sourire se fige.
Sens dessus, dessous vous dis-je ! Des yeux de gruyère
Désorientée, je tournicote comme une toupie et ma vue se brouille
Je fais le grand écart et mes mains n’attrapent plus rien.

29 mai 2005 (modifié ce jour)

samedi 9 janvier 2010

Sophie Loizeau



Cette fois la nuit va tenir    lever de belles congères sombres
- on dit le contraire on y marchera encore demain et après
ça fera le même bruit de meringue écrasée la nuit on
marchera aussi sur des œufs     donnera
un temps de neige collé aux semelles et aux poitrines une suie
la gueule du loup béante mais en monstrueux car elle a
des mains la nuit très plates à battre les saisons et la grande lessive
        à décrasser les langes

Sophie Loizeau, La nue-bête, Ed. Compact, p. 41